mercredi 15 avril 2009

Évangélistes

Plusieurs conversations récentes m’ont porté à réfléchir sur une question importante pour le chrétien radical... La semaine dernière, j’étais dans une chambre avec une demi-douzaine de leaders de petit groupe en formation, réunis pour se poser des questions sur la direction et le déroulement d’un workshop, comme on les appelle. La discussion mena à la question suivante : « Quelle est la mesure du succès d’un workshop ? » Quelle est, par extension, la mesure du succès d’un chrétien, dans sa vie ? Il y a la dichotomie constante du désir de grandir en nombre, et en même temps le désir de croissance interne, d’approfondissement dans la compréhension du caractère de Dieu, de la parole. L’idée qu’on doit sortir et prêcher aux autres, mais qu’on doit aussi passer du temps en solitude pour lire la Bible et prier. Les deux prennent du temps et paraissent être en opposition, selon cette perspective…

Mais la réalité, c’est qu’en voyant les choses comme ça, la chrétienté devient quelque chose qu’on fait, plutôt que quelque chose qu’on est. On coche la case « chrétien(ne) » et on se rend compte qu’on doit suivre une série de commandements, de pratiques, de règles. Quand on arrive à ça, on finit par voir certaines pratiques comme plus importantes que d’autres, tels que la contemplation plutôt que l’évangélisation, et vice-versa. On finira par mesurer notre succès en termes de nombre de personnes auxquelles on parle de Jésus, ou d’heures qu’on passe à prier… Dans le workshop, on verra le succès comme la croissance en nombres ou la croissance de la connaissance biblique des membres. Mais, comme je l’ai déjà dit, on voit là que la chrétienté devient une série de pratiques ou de règles, même s’il n’y en a qu’un soupçon, même si c’est avec des bonnes intentions.

Toutefois, et merci Dieu, être chrétien, ce n’est pas suivre des règles ou des pratiques… C’est connaître quelqu’un. Être chrétien, c’est être un fan, un ami, un adorateur, un disciple de Jésus Christ. Ce n’est pas vivre une vie de perfection selon un code, c’est reconnaître Sa perfection et mon imperfection. Voir ma faute, et connaître son pardon. Ce n’est pas être mieux que quelqu’un d’autre, mais voir qu’il n’y en a qu’un qui est le meilleur. On finit si facilement par se perdre dans les règles, les pratiques, les programmes, qu’on oublie le message central, l’objectif final. Martin Luther a justement dit que les êtres humains sont, par défaut, religieux : c’est-à-dire, qu’ils soient chrétiens, athées, ou autre, ils trouvent une série de croyances-base, et de règles qui vont avec, et les suivent. C’est pour ça que c’est si facile de méprendre le message de Jésus : il nous appelle à l’aimer, le connaître, le suivre. Nous, on veut faire toutes sortes de choses que nous croyons lui feront plaisir ; lui, il nous appelle à passer du temps avec lui… Il y a une belle différence. Et elle est belle.

Je maudis le jour où j’évaluerais le succès de mon workshop en termes de croissance numérique, même si c’est une bonne chose ; ou le jour où je mesurerai la force de mon workshop en termes de la connaissance théologique de ses membres, même si ça aussi, c’est quelque chose de bon… La question vraie est la suivante : est-ce qu’on est en train d’apprendre à connaître Jésus davantage ? Est-ce qu’on est émerveillés, épris de sa présence, de son caractère, de son amour ?... Est-ce que quelqu’un, quelque part est en train de s’approcher plus de Jésus ?

Le légalisme est une mauvaise herbe subtile, qu’il faut éradiquer à sa base. Il n’y a rien que moi, toi, quiconque puissions faire, pour être mieux acceptés dans la présence de Dieu ; il n’y a rien que je puisse faire qui va me donner davantage d’accès à Dieu. Pourquoi ? Parce qu’il a déjà tout fait pour que j’aie l’accès complet à sa présence. Les choses que je fais, je ne les fais pas pour être mieux aimé par Dieu – cela ne porterait qu’à une quête infinie de perfection ; je fais ce que je fais parce que je suis déjà complètement aimé par lui, et ma réponse à ça, c’est de l’aimer aussi. Il y a une belle différence. Et elle est belle.

Il n’y a pas de place à la vantardise, mais « nous qui, sans voile sur le visage, contemplons comme dans un miroir la gloire du Seigneur, nous sommes transformés à son image, de gloire en gloire, par l’Esprit du Seigneur. » (2 Corinthiens 3 :18) C’est en connaissant Jésus, en contemplant sa gloire, en l’aimant et en approfondissant notre connaissance, notre compréhension, notre amour pour lui, que nous allons rayonner sa gloire, comme un miroir. Comme la Terre reflète la lumière du Soleil et le Soleil produit la vie sur la Terre, ainsi nous tournons notre regard sur lui, pour qu’il nous donne la vie ! Ainsi notre lecture de la Bible, notre prière, notre partage de la foi avec les autres ne seront pas motivés par un sens de devoir, ou par peur de ne pas être acceptés en fin de journée, mais par notre amour pour lui et la vie qu’il nous donne !

Hier soir j’étais en conversation avec un ami, un débat qui a tourné à l’engueulade… Puisque je suis une personne passionnée, et aussi pas mal fière, j’étais, à certains moments, un piètre exemple d’arrogance et vantardise ; mais la réponse à ce problème, comme dirait Tim Keller, ce n’est pas d’être moins passionné, moins convaincu : c’est l’être davantage ! Pas de soi-même, mais de l’évangile : un message qui nous appelle à voir que nous n’avons pas toutes les réponses, mais qu’elles se trouvent en Jésus, que nous ne sommes pas les meilleurs, mais d’autres peuvent montrer plus de droiture morale que nous, mais que toutefois, Jésus en est l’exemple final ; que la réponse au désaccord n’est pas la fierté, mais l’humilité. Notre sauveur nous en donne l’exemple ultime, en mourant pour ceux qui ne l’aiment pas et en priant pour le pardon de ceux qui ne l’écoutent pas. Notre job n’est pas de convertir qui que ce soit, mais de rayonner de sa bonté, dont il nous remplit volontiers… ! (Encore une fois, pas de place à la vantardise : c’est lui qui nous remplit !)

Un évangéliste n’est pas une personne qui prêche à la figure de tout le monde, mais une « personne de l’évangile » : qui respire, boit et vit l’évangile, qu’elle soit toute seule dans une chambre ou au milieu d’un centre commercial, qu’elle soit à l’église, ou dans son lieu de travail.
La seule manière d’évaluer le succès, c’est quand on voit les fruits de l’Esprit : « l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi. Contre de telles choses, il n’y a pas de loi. » (Galates 5 :22-23) Certains diront, « ça, c’est une attitude condescendante ! » Vous pourrez leur dire : « Je t’aime ! »

Contemplons sa gloire, soyons transformés !

1 commentaires:

  1. J'approuve et applaudit des 2 mains le dernier paragraphe qui est pour moi une révélation de quelque chose que je savais déjà au fond de moi mais que je n'avais su formuler de manière si intelligible. Bravo !

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